Trop s’excuser : un ennemi pour l’estime de soi

Par : Mélodye Thibault, Intervenante psychosociale 

Dire « je m’excuse » ou plutôt, au Québec, « s’cuse-moi » est très fréquent. On accroche par accident une personne dans la rue. On s’excuse. On verbalise une chose qui déplait à une personne qui semble plus ou moins l’accepter. On s’excuse. On vit une maladresse qui occasionne un bruit assourdissant et des regards incrédules. On s’excuse. Il vient à un moment que s’excuser n’est plus pour assumer des fautes qui méritent d’être réparées ou de reconnaitre les gestes ou les paroles qui ont mené réellement à blesser, c’est plus une occasion de s’excuser de respirer, s’excuser de vivre ou s’excuser d’exister.

Pourquoi on s’excuse autant ?

Si vous avez trouvé la répétition du mot « excuse » assez répétitive dans le premier paragraphe, c’est totalement voulu. Je veux simplement vous faire part de mon observation en tant qu’intervenante psychosociale. Les gens qui souffrent ont tendance à s’excuser. Les gens qui ont une faible estime d’eux-mêmes s’excusent abondamment. Les gens qui aspirent à une faible image d’eux-mêmes sont de même plus propices à s’excuser pour des choses anodines. C’est surtout la combinaison entre faible estime de soi et prédiction d’une faible image de soi dans le futur qui entraine la grande susceptibilité à s’excuser, et ce, pas toujours pour des raisons valables.

Le geste de présenter des excuses n’est pas une mauvaise chose en soi, cela peut avoir des conséquences positives chez la personne qui a été lésée et la personne qui a transgressé des limites personnelles, morales ou légales. En même temps, dans des situations où personne n’a été affecté physiquement ou psychologiquement à moyen ou à long terme, cela peut avoir des conséquences négatives sur l’estime de soi. Cela étant dit, ce texte se veut d’être un mini-guide sur le lien entre le fait de trop s’excuser et l’estime de soi. Le but étant de vous permettre de savoir quoi faire avec cette habitude.

Pourquoi c’est nocif pour l’estime de soi ?

À vrai dire, trop s’excuser peut nuire à la perception qu’on a de nous-mêmes. En effet, en s’excusant pour chaque petit geste incorrect ou pour des raisons nébuleuses, on peut avoir tendance à s’attribuer la faute de manière disproportionnée. Ainsi, en accumulant les fautes perçues de manière non représentative à la réalité, il est normal que cela contribue à mettre en évidence les faiblesses reconnues de notre part. En d’autres mots, il est normal de se sentir inadéquat si on porte sur soi le blâme pour plusieurs lacunes de manière systématique.

De plus, cela peut aussi jouer sur la manière dont les autres nous perçoivent. En effet, les gens qui s’excusent beaucoup, sans que ce soit pertinent ou représentatif de la situation, sont souvent perçus comme manquant de confiance en soi ou de conviction. Par conséquent, la perception des autres qui est reflétée sur nous-mêmes peut faire en sorte que cela impacte l’estime de soi également.

Comment savoir si je m’excuse trop ?

Pour savoir si on s’excuse trop, le plus important, c’est d’en prendre conscience. Il n’y a pas de chiffre magique, en même temps, si, quand vous sortez en public, cela fait partie des mots les plus fréquemment utilisés, c’est un bon indice que oui, vous vous excusez bien trop. De plus, ce n’est pas toujours une question de fréquence, mais aussi de vocation. En effet, on peut alors se poser les questions suivantes :

  • Qu’est-ce que qui a fait en sorte que j’ai eu le besoin de m’excuser ?
  • Si j’avais entendu quelqu’un s’excuser pour cette raison, est-ce que j’aurais trouvé que c’était nécessaire ?

Si vous répondez non à la dernière question, il est fort probable que vous excusez souvent pour des raisons qui ne sont pas valables. De plus, si vous avez cette tendance à trop vous excuser, il est fort probable que votre entourage vous en ait fait part. Dans ce cas, c’est un bon indice à prendre en considération.

Quels sont les trucs pour éviter de s’excuser à profusion ?

Une des meilleures approches est d’exprimer de la gratitude, plutôt que privilégier les excuses. Par exemple, à la place de s’excuser d’être en retard, remercier la personne de nous avoir attendus ou d’avoir été patiente peut être une stratégie à privilégier. Cela a pour effet de valoriser la personne qui a connu des désagréments en avec nos intentions ou nos comportements, que ce soit intentionnel ou non.

Une autre manière de procéder, peut-être en exprimant une émotion rattachée à la situation. Par exemple, au lieu de présenter des excuses pour une erreur commise, on peut admettre se sentir coupable ou mal à l’aise par rapport à cette erreur. Ainsi, cela permet de verbaliser un fait plus concret qui est souvent plus facile pour la personne à comprendre, ce qui favorise une réciprocité de la part de celle-ci.

Puis, le dernier conseil facile à suivre consiste à remplacer l’excuse par des faits concrets. En d’autres mots, dire les faits permet d’éviter de s’attribuer automatiquement toute la faute à soi-même et de prendre en compte d’autres facteurs externes qui eut leur rôle à jouer. Ainsi, à la place de s’excuser d’être en retard, on peut tout simplement dire qu’il y a eu des accidents sur la route qui a ralenti la circulation et a contribué à causer le retard.

Arrêter de s’excuser à profusion : une habitude dure à changer

Pour terminer, il est important de reconnaitre que c’est tout un défi de changer une habitude bien ancrée, surtout sur le plan linguistique. En ce sens, si c’est votre cas, je vous encourage à vous démontrer de la bienveillance et à reconnaitre les progrès réalisés, aussi petits soient-ils. De plus, il faut se rappeler qu’il est plus difficile de diminuer un comportement ou une habitude que d’en ajouter. C’est pourquoi les trucs proposés visent à ajouter des comportements plutôt qu’à en retirer. Ces trucs visent aussi à améliorer les relations que vous entretenez avec votre entourage. Finalement, sachez que les excuses ne sont pas toujours à proscrire : elles peuvent être incontournables dans certaines circonstances. Savoir s’excuser quand c’est nécessaire n’est pas une faiblesse, c’est une grande force qui mérite d’être réservée dans vos sincères périodes d’humilité et non dans vos imperfections du quotidien.

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